Vendre un boutique hotel : comprendre ce qui fonctionne et ce qui bloque
Entre attentes des propriétaires, exigences des investisseurs et réalités d’exploitation, le marché hôtelier est devenu plus sélectif. Décryptage avec Xavier Albérini.
Le marché des boutique hotels suscite un intérêt croissant, avec des investisseurs toujours présents et des projets nombreux sur le papier. Pourtant, derrière cette dynamique apparente, la concrétisation des transactions reste plus complexe qu’il n’y paraît. Entre attentes des vendeurs, exigences des acquéreurs et réalités d’exploitation propres à chaque actif, les équilibres sont devenus plus subtils à trouver.
Dans cet entretien, Xavier Albérini, fondateur de Carlton Hotelbrokers, partage une lecture directe du marché et des mécanismes qui conditionnent aujourd’hui la réussite d’une transaction hôtelière.
Comment décririez-vous aujourd’hui le marché des boutique hotels ?
Le marché est actif, clairement.
Il y a un vrai intérêt pour les boutique hotels, notamment parce qu’ils répondent à une demande plus expérientielle, plus différenciante que l’hôtellerie standard.
On reçoit beaucoup de sollicitations, des demandes sérieuses, des projets construits.
Mais ce qui est intéressant, c’est que cette dynamique ne se traduit pas toujours par des transactions.
Justement, comment expliquez-vous cet écart entre l’intérêt du marché et la concrétisation des opérations ?
Le marché n’est pas bloqué par manque d’acheteurs.
Il est bloqué par un alignement qui est devenu plus difficile à trouver.
Aujourd’hui, un projet doit fonctionner à tous les niveaux : prix, financement, exploitation.
Et c’est cet équilibre global qui est plus complexe à atteindre qu’avant.
Est-ce que cela signifie que le marché est devenu plus sélectif ?
Oui, nettement.
Les acheteurs sont toujours là, mais ils sont plus exigeants.
Ils prennent le temps d’analyser, de comparer, et d’arbitrer entre plusieurs opportunités.
Un dossier doit être lisible immédiatement.
Si le positionnement n’est pas clair ou si le potentiel n’est pas évident, ils passent au suivant.
Qu’est-ce qui attire malgré tout les investisseurs vers les boutique hotels ?
C’est un segment qui offre encore du potentiel.
Un boutique hotel bien positionné peut créer de la valeur assez rapidement, que ce soit par le repositionnement, le pricing, ou l’expérience client.
Il y a une vraie marge de progression sur certains actifs.
Mais cette création de valeur doit être crédible.
Aujourd’hui, personne n’achète uniquement sur une promesse.
Où se situent concrètement les points de blocage dans les discussions ?
Le principal sujet, c’est le décalage de lecture entre vendeurs et acquéreurs.
Côté vendeurs, il y a souvent une dimension émotionnelle forte.
Un hôtel, ce n’est pas juste un actif. C’est une histoire, un projet de vie, parfois plusieurs années d’investissement. Et cela influence naturellement la perception de la valeur.
En face, les acquéreurs ont une approche beaucoup plus rationnelle.
Ils raisonnent en rentabilité, en ratios, en capacité de financement. Ils analysent les performances, les marges, les travaux à prévoir, et projettent un retour sur investissement.
Et c’est là que le décalage apparaît.
Ce décalage est-il plus marqué aujourd’hui qu’avant ?
Oui, clairement.
Avec le coût du financement qui a augmenté, les acheteurs sont devenus encore plus attentifs à leurs équilibres.
Ils ne peuvent plus absorber des écarts de prix comme c’était parfois le cas auparavant.
Chaque ligne du business plan est analysée.
Et il y a un autre point très structurant, notamment sur la Côte d’Azur et dans de nombreuses destinations touristiques.
Tous les hôtels ne fonctionnent pas sur les mêmes modèles.
Un hôtel de 50 chambres face à la mer, ou un établissement ouvert toute l’année dans une grande ville, ne répondent pas aux mêmes logiques.
Dans beaucoup de zones, le modèle est saisonnier. Certains hôtels ferment plusieurs mois dans l’année, et leur équilibre économique est construit autour de cette saisonnalité.
C’est parfaitement cohérent avec le marché local.
Mais cela peut entrer en contradiction avec l’approche de certains groupes hôteliers, habitués à des actifs urbains avec une activité linéaire sur douze mois.
Ils analysent alors les performances avec une grille de lecture qui n’est pas toujours adaptée au produit ou à son environnement.
Et cela peut créer des incompréhensions, voire des blocages.
Est-ce que la question de la valorisation joue un rôle central dans ces blocages ?
C’est souvent le cœur du sujet.
On voit régulièrement des attentes de prix qui ne sont pas totalement alignées avec ce que le marché peut absorber aujourd’hui.
Pas parce que les actifs ne sont pas intéressants, mais parce que les conditions ont évolué.
Et quand le prix ne permet pas à l’acquéreur de construire un projet viable, la discussion s’arrête.
Quelles sont les erreurs les plus fréquentes que vous observez dans la valorisation d’un hôtel ?
Une erreur assez fréquente, c’est d’aborder la valorisation des murs avec une logique résidentielle.
Certains propriétaires raisonnent en prix au mètre carré, en se basant sur des références immobilières classiques.
C’est une lecture compréhensible, mais qui ne fonctionne pas dans l’hôtellerie.
Un hôtel reste avant tout un actif d’exploitation.
La valeur des murs est directement liée à la capacité de l’établissement à générer de l’activité, et à supporter un loyer cohérent.
On est sur une logique économique, pas patrimoniale au sens résidentiel.
Dans ce contexte, qu’est-ce qui fait aujourd’hui un dossier qui fonctionne ?
Un bon dossier, c’est un dossier lisible.
Un emplacement clair,
un positionnement compréhensible immédiatement,
et des chiffres cohérents avec le marché.
Ce n’est pas forcément un produit parfait, mais c’est un produit dans lequel un acquéreur peut se projeter rapidement, sans devoir tout reconstruire.
Qu’est-ce qui fait la différence aujourd’hui dans un accompagnement à la vente ?
Aujourd’hui, vendre un hôtel ne consiste plus simplement à le présenter sur le marché.
Il faut savoir le lire correctement, comprendre son modèle économique réel, son positionnement, et surtout identifier à quel type d’acquéreur il correspond.
Tous les projets ne s’adressent pas aux mêmes profils.
Un actif saisonnier sur la Côte d’Azur ne sera pas analysé de la même manière qu’un hôtel urbain exploité à l’année.
Et si on le présente avec une grille de lecture inadaptée, on passe à côté des bons acheteurs.
Notre rôle, c’est justement de faire ce travail en amont.
Repositionner le dossier si nécessaire, aligner les attentes avec la réalité du marché, et créer les conditions pour que la discussion puisse aboutir.
Ce travail-là est souvent déterminant dans la réussite d’une transaction.
Comment voyez-vous évoluer ce segment dans les prochaines années ?
Le marché va continuer à évoluer, mais dans le sens de plus de structuration.
Les acheteurs resteront présents, mais exigeants.
Et les projets qui fonctionneront seront ceux qui auront été pensés — ou repositionnés — avec une vraie logique d’exploitation.
Aujourd’hui, on ne vend plus simplement un lieu.
On met en face un projet et un acquéreur capable de le comprendre et de le faire fonctionner.
C’est cet alignement qui fait la différence.
“Un hôtel ne se vend pas uniquement sur ce qu’il représente pour son propriétaire, mais sur ce qu’il est capable de devenir pour son acquéreur.”